درس 6 — Assembler et publier : montage, formats, règles

Formats UGC : ce qui fonctionne, ce qui est interdit

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Formats UGC : ce qui fonctionne, ce qui est interdit

Après le premier rendu, le responsable acquisition revient avec une demande : « Faites-moi la même chose en témoignage client. Une trentenaire face caméra qui dit qu'elle en boit tous les matins depuis six mois. Et mettez la barista de notre boutique, elle est très connue sur Instagram. » La demande est banale et contient trois fautes : un témoignage inventé présenté comme réel, une personne réelle utilisée sans contrat, et, selon la plateforme, une mention IA absente. Le pipeline la refuse avant de dépenser quoi que ce soit.

Le mécanisme : trois formats UGC, trois niveaux de risque

UGC (user-generated content) désigne les vidéos au style « filmé par un client » : vertical, caméra à la main, lumière naturelle, première seconde qui accroche, sous-titres. Le style fonctionne parce qu'il ressemble à une recommandation entre pairs. C'est exactement ce qui le rend trompeur quand l'IA fabrique le pair.

flowchart TB
  F{"Format UGC"} --> D["Démo produit<br/>mains, produit, gestes"]
  F --> T["Témoignage<br/>« j'en bois tous les matins »"]
  F --> C["Face caméra<br/>personnage qui parle"]
  D --> DR["Risque faible<br/>mention IA"]
  T --> TR["Risque élevé<br/>propos d'un client = fait vérifiable"]
  C --> CR["Risque moyen à élevé<br/>visage, voix, droit à l'image"]
  TR --> TO["Seulement : vrai client + accord écrit,<br/>ou fiction affichée comme telle"]
  CR --> CO["Personnage fictif affiché<br/>ou personne réelle + contrat"]
FormatCe que l'IA fait bien en 2026Ce qui trahit le contenu généréNotre recommandation
Démo produitgestes simples, produit, lumière, ambiance sonoremains en trop, objets parasites (constaté en leçon 3)le meilleur usage : génération + mention IA
Témoignagerien de légitime si le propos est présenté comme réel—vrai client filmé, ou fiction explicitement signalée à l'écran
Face camérapersonnage fictif, phrase courte, plan fixesynchronisation labiale approximative en français, regard fixepersonnage fictif annoncé ; jamais le sosie d'une personne existante

Les règles qui s'appliquent

Ce qui suit est un état des textes au 2026-10-15, pas un avis juridique ; une campagne payante passe par votre juriste.

Union européenne, AI Act, article 50. Le déployeur d'un système qui produit une vidéo, une image ou un son constituant un hypertrucage (deep fake) doit indiquer que le contenu a été généré ou manipulé artificiellement. Pour une œuvre manifestement artistique, créative, satirique ou fictive, l'obligation se limite à signaler l'existence de ce contenu, sans gêner sa présentation. Le fournisseur du modèle doit, lui, marquer les sorties dans un format lisible par machine. Le texte s'applique à partir du 2 août 2026.

France, influence commerciale. La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 impose, dans les contenus d'influence commerciale, une mention « Image virtuelle » pour les images produites par IA (et « Image retouchée » pour les retouches de silhouette ou de visage). Dès que la vidéo passe par un créateur rémunéré, cette mention s'ajoute à la mention publicitaire.

Faux avis et faux témoignages. Le droit européen de la consommation range parmi les pratiques commerciales trompeuses en toutes circonstances le fait de publier, ou de faire publier, de faux avis ou de fausses recommandations de consommateurs. Aux États-Unis, la règle de la FTC sur les faux avis (2024) vise aussi les témoignages attribués à des personnes qui n'existent pas, générés par IA compris. Une IA qui « témoigne » au nom d'un client fictif, sans le dire, coche toutes les cases.

Personnes réelles. Le droit à l'image et à la voix (article 9 du Code civil en France) exige le consentement de la personne, pour l'usage précis qui en est fait. Une notoriété Instagram ne change rien. Un contrat de cession de droit à l'image daté, limité dans le temps et les supports, est le minimum ; le brief en porte la référence.

Plateformes. YouTube demande de déclarer, à la mise en ligne, tout contenu réaliste généré ou modifié par IA (scène qui n'a pas eu lieu, personne réelle qui dit ce qu'elle n'a pas dit, musique générée au premier plan) ; l'étiquette s'affiche dans le lecteur, et l'absence répétée de déclaration expose à des sanctions. YouTube peut aussi appliquer l'étiquette lui-même, notamment quand le fichier porte des métadonnées C2PA. TikTok demande l'étiquette « généré par IA » sur le contenu réaliste et lit lui aussi les métadonnées C2PA. Les régies publicitaires ajoutent leurs propres règles (publicités politiques notamment) : vérifiez celles de chaque régie au moment de la campagne.

Musique. Les conditions de l'API Gemini indiquent que Google ne revendique pas la propriété du contenu généré, peut générer un contenu identique ou similaire pour d'autres, et que vous êtes responsable de son usage. Lyria refuse les demandes qui citent un artiste ou des paroles protégées. Une musique du commerce, elle, demande une licence de synchronisation pour être posée sur une publicité ; un morceau « libre de droits » téléchargé sans contrat déclenche régulièrement des réclamations automatiques (Content ID sur YouTube).

SynthID. Les vidéos Veo, les images Gemini et la musique Lyria portent un filigrane invisible SynthID. Google le présente comme conçu pour résister au recadrage, aux filtres, au changement de cadence et à la compression avec pertes, ce que subissent précisément nos déclinaisons. Il est vérifiable par le portail SynthID Detector ou en posant la question à l'application Gemini. SynthID répond à l'obligation de marquage lisible par machine du fournisseur ; il ne remplace pas la mention visible que vous devez au spectateur. La documentation TTS ne mentionne pas SynthID : ne supposez pas que la voix off est filigranée.

La mise en œuvre : refuser avant de générer

files/pubcourte/conformite.py (extrait)
_PREUVE_REELLE = re.compile(
    r"\b(vrai(e)? client(e)?|témoignage réel|non sponsoris|100 ?% authentique|avis vérifié)", re.I)

def verifier(b: Brief) -> list[str]:
    erreurs: list[str] = []
    if not b.marque.mention_ia.strip():
        erreurs.append("mention_ia vide : l'étiquette « contenu généré par IA » est exigée par les plateformes")
    if b.format_ugc in ("temoignage", "face-camera"):
        t = b.temoignage
        if t is None or not t.fictif_assume or not t.mention.strip():
            erreurs.append(f"format {b.format_ugc} : renseigner temoignage.fictif_assume: true et temoignage.mention ...")
    for p in b.plans:
        for champ in (p.voix, p.dialogue):
            if champ and _PREUVE_REELLE.search(champ):
                erreurs.append(f"plan {p.id} : « {champ} » présente un contenu généré comme réel")
    for pers in b.personnes_reelles:
        if not pers.consentement.strip():
            erreurs.append(f"personne réelle « {pers.nom} » sans référence de consentement écrit")
    ...

La mention IA (marque.mention_ia) et, pour un témoignage ou un face caméra, la mention de fiction (temoignage.mention) sont incrustées dans chaque format par le montage. Le code ne peut pas les oublier : elles viennent du brief, que la conformité a validé.

Résultat obtenu

La demande du client, traduite en brief (format_ugc: temoignage, voix « Témoignage réel : je le bois chaque matin. », barista listée sans contrat), exécutée le 2026-10-15 :

$ .venv/bin/python run.py --brief brief-temoignage.yaml
brief refusé :
- format temoignage : renseigner temoignage.fictif_assume: true et temoignage.mention (ex. « Personnage et témoignage fictifs, générés par IA »)
- plan p2 : « Témoignage réel : je le bois chaque matin. » présente un contenu généré comme réel
- personne réelle « Barista de la boutique de la rue Mercière » sans référence de consentement écrit

Aucun appel de modèle, 0 $. La version publiée (démo produit) porte « Contenu généré par IA » en haut de chaque format, visible sur les captures de la leçon 5.

Ce qui casse en production

SymptômeCauseParade
Vidéo étiquetée « IA » par la plateforme alors que vous ne l'avez pas déclaréemétadonnées C2PA ou détection automatiquedéclarer vous-même, systématiquement
Réclamation sur la musique quelques heures après publicationmorceau sans licence de synchronisationLyria, ou licence référencée dans le brief
Mise en demeure d'une personne qui « se reconnaît »visage ou voix généré trop proche d'une personne réellepersonnages fictifs génériques, revue humaine avant publication ; pas de prompt « qui ressemble à »
Témoignage fictif découvert et relayépropos inventé présenté comme celui d'un clientrefus par la conformité ; vrais clients filmés pour les témoignages
Le filtre « preuve réelle » laisse passer une formulationune regex ne connaît que les formules prévuesla conformité automatique bloque les erreurs fréquentes, la relecture humaine reste obligatoire

La règle de décision

Générez la démo produit, avec la mention IA. Pour un témoignage, filmez un vrai client avec son accord écrit ; si la fiction est assumée (une saynète), elle est affichée comme telle à l'écran pendant toute la vidéo. N'utilisez jamais le visage, la voix ou le nom d'une personne réelle sans contrat, même pour un brouillon interne : les brouillons circulent. Et ne considérez jamais SynthID comme une mention : c'est un marquage pour les machines, pas une information pour le spectateur.

Pratique

Une agence propose 50 vidéos « UGC » où des avatars IA disent « j'ai testé, j'adore », publiées depuis des comptes de créateurs fictifs, avec la mention #ad. Est-ce acceptable ?

La barista de la boutique accepte d'apparaître. Elle signe un accord pour « la campagne de printemps sur Instagram ». Six mois plus tard, le marketing veut réutiliser le clip sur YouTube en pré-roll. Que faites-vous ?

Exercice. Transformez la demande du client en un brief acceptable de format « témoignage » assumé comme fiction, puis vérifiez avec run.py --plan que la liste blocages est vide.

Voir la solution
format_ugc: temoignage
temoignage:
  fictif_assume: true
  mention: "Personnage et témoignage fictifs"
plans:
  # ...
  - id: p2
    # ...
    voix: "Mon rituel du matin ? Seize heures d'infusion."   # aucune prétention de vécu réel
personnes_reelles: []   # la barista retirée, faute de contrat

La mention affichée devient « Contenu généré par IA · Personnage et témoignage fictifs ». Le test test_temoignage_doit_etre_assume_fictif couvre ce cas. Reste un jugement que le code ne peut pas porter : même signalée comme fiction, une saynète « cliente » peut induire en erreur si elle singe trop un avis réel. Faites relire.

  • Je distingue démo produit, témoignage et face caméra, et le risque de chacun
  • J'affiche la mention IA sur chaque format, et la mention de fiction quand un personnage parle
  • Je n'utilise aucune personne réelle sans contrat référencé, ni musique sans licence
  • Je sais ce que SynthID garantit, et ce qu'il ne remplace pas
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