Droits, mention IA et validation
Une PME publie un visuel de recrutement généré par IA : deux artisans souriants dans un atelier. Une semaine plus tard, un internaute signale que le visage de l'artisane ressemble trait pour trait à une actrice connue. Personne dans l'équipe ne l'avait remarqué, personne n'avait demandé ce visage, et le post est déjà partagé 400 fois. La technique de génération ne protège de rien ici. Ce qui protège, c'est un processus : des règles écrites avant la génération, une validation humaine avant la publication, et des traces qui permettent de répondre.
Le mécanisme : quatre questions avant de publier
flowchart TB
I["Visuel sélectionné"] --> A{"Une personne réelle<br/>est-elle reconnaissable ?"}
A -->|"oui, sans autorisation écrite"| X["Refus"]
A -->|"non, ou autorisation"| B{"Une marque, une œuvre, un lieu<br/>protégé est-il reconnaissable ?"}
B -->|"oui, sans droit"| X
B -->|"non"| C{"Les références utilisées<br/>ont-elles des droits documentés ?"}
C -->|"non"| X
C -->|"oui"| D{"Mention IA prévue<br/>sur le canal ?"}
D -->|"non"| M["Ajouter la mention"] --> V
D -->|"oui"| V["Validation marque<br/>puis publication"]
V --> L["Archivage : brut, meta.json, validation"]
À qui appartient l'image
Les conditions de l'API Gemini sont nettes sur un point : Google ne revendique pas la propriété du contenu généré, mais peut générer un contenu identique ou similaire pour d'autres, et vous êtes responsable de l'usage que vous en faites. Deux conséquences pratiques :
- l'exclusivité n'existe pas : un concurrent peut obtenir une image très proche avec un prompt proche ;
- la protection par le droit d'auteur est incertaine : en droit français, une œuvre protégée porte l'empreinte de la personnalité d'un auteur humain. Plus votre apport créatif est identifiable (brief, composition, sélection, retouches, assemblage, post-production), plus votre position est défendable. Une image sortie d'un prompt d'une ligne a peu de chances de l'être.
Conservez donc ce qui prouve l'apport humain : le brief versionné, les étapes de retouche, la sélection documentée. Le meta.json de chaque visuel en est la base.
La mention IA et les marquages
Quatre couches coexistent, et aucune ne remplace les autres :
| Couche | Qui l'ajoute | Survit au recadrage ? | Rôle |
|---|---|---|---|
| SynthID (filigrane invisible dans les pixels) | Google, à la génération, sur toutes les images | conçu pour résister au recadrage, aux filtres et à la compression | détection par Google (vérification possible dans l'application Gemini) |
| Manifeste C2PA signé | Google, dans le fichier brut | non : perdu à tout ré-encodage (mesuré, leçon 5) | preuve d'origine vérifiable |
XMP IPTC DigitalSourceType | votre pipeline, sur chaque livrable | réécrit à chaque export | lu par les plateformes et les banques d'images |
| Mention visible (« Image générée par IA ») | vous, dans la publication | oui | information du public |
L'article 50 de l'AI Act européen, applicable à partir du 2 août 2026 selon le calendrier du règlement (vérifiez les éventuels aménagements adoptés depuis), impose aux fournisseurs de systèmes qui génèrent des images un marquage lisible par machine (c'est le rôle de SynthID et de C2PA côté Google), et aux personnes qui diffusent un hypertrucage (image qui ressemble à des personnes, objets, lieux ou événements existants et pourrait passer pour authentique) d'indiquer qu'il a été généré. Une photo produit réaliste d'une scène qui n'a jamais existé entre dans une zone d'interprétation : la règle prudente est de mentionner l'IA sur tout visuel photoréaliste publié, et de ne jamais effacer les marquages techniques.
Personnes réelles et marques
| Situation | Règle |
|---|---|
| Visage d'une personne réelle (salarié, client, célébrité) | autorisation écrite et spécifique à l'usage, ou refus. Vérifiez aussi ce que la politique d'usage de Google interdit |
| Ressemblance involontaire avec une personnalité | refus de l'image, même non voulue ; contrôle par une seconde personne sur les visages en gros plan |
Salarié en référence personnage pour un visuel RH | consentement écrit, durée, canaux, droit de retrait ; à défaut, personne fictive |
| Marque tierce (logo, produit, enseigne) | aucune, sauf accord ; interdits de marque dans le brief (marques ou logos tiers) |
| Œuvre, architecture récente, personnage de fiction | ni en référence ni dans le prompt (« dans le style de » un artiste vivant compris) |
| Données personnelles dans une image de référence | une photo d'atelier avec des badges, des écrans ou des visages de salariés est une donnée personnelle : à éviter comme référence |
La mise en œuvre : la validation dans le pipeline
Le pipeline prépare la validation, il ne la remplace pas. Chaque visuel sort avec le statut a_valider, les droits de ses références, ses alertes, et une grille de contrôles dans la planche :
CONTROLES = ["Produit conforme à la référence", "Mains, visages, perspective vérifiés",
"Aucun texte ni logo parasite", "Pas de personne réelle ni de marque tierce reconnaissable",
"Mention « image générée par IA » prévue sur le canal"]Le processus qui fonctionne dans une équipe de 2 à 10 personnes :
- le brief est validé par le responsable marketing avant toute génération (budget, canaux, références et droits) ;
- la personne qui génère sélectionne sur la planche et coche les contrôles techniques (zoom à 100 %) ;
- une seconde personne valide les contrôles « personnes et marques », qui exigent un regard neuf ;
- l'archivage conserve
sorties/<campagne>/(bruts avec C2PA,meta.json, livrables) aussi longtemps que les visuels sont en ligne, plus la durée de prescription que votre juriste vous indique.
Les trois usages entreprise de la campagne
| Usage | Bénéfice | Risque principal | Mesure |
|---|---|---|---|
| Photo produit | mises en scène sans shooting, déclinaisons rapides | produit inexact, publicité trompeuse | référence produit, contrôle de conformité, mention IA |
| Visuels RH | diversité des situations sans mobiliser les équipes | faux salariés présentés comme vrais, ressemblance | mention explicite, jamais de « nos équipes » sous une image fictive |
| Illustration éditoriale | style cohérent sur tout un blog | plagiat de style d'un illustrateur | styles génériques, jamais de nom d'artiste |
Résultat obtenu
Le lab ne crée aucune ressource cloud ; le nettoyage porte sur les fichiers locaux. Exécuté le 2026-10-15 :
$ du -sh sorties
7,2M sorties
$ make clean
Artefacts supprimés.
$ make reset
Artefacts supprimés.
Environnement supprimé (.env conservé).
$ ls -a
. .. brief.yaml campagne ci .env .env.example Makefile README.md references requirements.txt tests
$ make cloud-down
Aucune ressource créée par ce lab ; rien à supprimer.Sur Vertex AI, le même code tourne avec GOOGLE_GENAI_USE_VERTEXAI=TRUE et GOOGLE_CLOUD_LOCATION=global ; les appels sont facturés au projet et visibles dans la facturation Google Cloud, ce qui simplifie l'imputation par campagne. Aucune ressource n'est à supprimer après usage.
Ce qui casse en production
| Symptôme | Cause | Parade |
|---|---|---|
| Signalement de ressemblance après publication | visages nets non contrôlés par une seconde personne | contrôle croisé obligatoire sur tout visage en gros plan ; personnes de dos ou floues quand c'est possible |
| Impossible de prouver l'origine d'un visuel contesté | bruts supprimés par make clean | archivage de sorties/ avant nettoyage |
| Visuel retiré par la plateforme pour absence de mention | XMP perdu par un outil de publication, mention visible oubliée | mention dans le texte de la publication, systématique |
| Image de référence d'origine inconnue dans un brief | référence trouvée sur le web | champ droits obligatoire ; refus des références sans source |
| Le concurrent publie un visuel presque identique | même prompt public, même modèle | brief et références propres, retouches et post-production qui signent le visuel |
La règle de décision
Générez librement des produits, des lieux et des personnes fictifs ; n'intégrez une personne réelle qu'avec une autorisation écrite et spécifique ; n'intégrez jamais une marque tierce. Mentionnez l'IA sur tout visuel photoréaliste publié. Gardez les traces (brief, bruts, meta, validation) aussi longtemps que le visuel vit.
Pratique
Le directeur commercial veut un visuel où lui-même présente la lampe Orbe, à partir de sa photo de profil. Que faites-vous ?
Une personne réelle peut figurer avec son consentement explicite et documenté ; c'est lui qui est représenté, il doit valider le résultat. Le refus systématique est excessif ici. L'accord oral ne suffit pas : s'il quitte l'entreprise, le visuel restera en ligne et la question se posera.
Une agence partenaire vous envoie une « image d'ambiance » à utiliser comme référence de style. Elle ne sait pas d'où vient l'image. Que faites-vous ?
Envoyer une image à un service tiers est déjà un usage, et une référence de style peut transmettre des éléments protégés. Sans droits documentés, le champ droits du brief reste vide et le pipeline refuse. Décrire le style en texte (grain, contraste, palette) donne souvent un résultat suffisant.
Exercice. Rédigez la mention à publier sous le visuel RH « Nous recrutons à Lyon », et la ligne de procédure de validation correspondante.
Voir la solution
Mention : « Visuel généré par IA. Les personnes représentées sont fictives ; découvrez notre atelier et nos équipes en vidéo sur notre site. »
Procédure : « Visuels RH avec visages : génération par le chargé de communication, contrôle des visages à 100 % et recherche de ressemblance par la responsable RH, mention IA dans le texte de la publication, archivage de la campagne 3 ans après retrait. » La phrase sur les équipes réelles évite de présenter des personnes fictives comme des salariés, le risque principal de cet usage.
- Je sais ce que Google revendique (rien) et ce qu'il ne garantit pas (l'exclusivité)
- Je distingue SynthID, C2PA, XMP IPTC et mention visible
- J'applique les règles sur les personnes réelles et les marques
- J'organise une validation à deux personnes et j'archive avant
make clean - J'ai exécuté
make cleanetmake resetet vérifié ce qui reste